MBaudier


Au coeur d’un continent (Hongrie/BiH)

Posté sous Voyage par Mathieu, le 05/03/2006

189-EastWinter-Mostar-0602-0008J’arrive donc, épuisé, à Budapest le 18 février au matin. Anna, une amie d’Olivier avec qui j’ai échangé quelques mails, a la gentillesse de venir me chercher en voiture. Elle m’a également arrangé un rendez-vous dans l’après-midi avec la programmatrice d’un centre culturel qui intéresse Mostar Style.
Nous prenons un café, déposons mes affaires chez elle, déjeunons tardivement avec son ami Levante. En chemin, nous rencontrons un accordéoniste arménien qu’elle connaît et qui parle français. Nous parlons du Caucase, de la Géorgie, de la Russie. Il me demande quand est-ce que Mostar Style va organiser des concerts en Arménie…
Levante, l’ami de Anna, est très sympathique et il parle également très bien français. Anna doit partir et nous passons donc naturellement de l’anglais au français. Il m’indique ou se trouve mon rendez-vous et me propose de le retrouver pour passer la soirée avec lui.

Le rendez-vous se passe bien, avec une foule de nouveau contacts et projets pour Mostar Style. Pour la première fois, Budapest m’apparaît comme un des noeuds les plus denses du réseau culturel centre-européen. Depuis que j’y suis arrivé j’ai entendu parler de projets que j’avais déjà croisé en Allemagne ou en Serbie. L’accordéoniste connaissait les deux personnes de l’institut français de Belgrade qui nous ont aidé…

Entretemps, Hubert a pas mal de soucis. Son avion Paris-Bratislava a été retardé plusieurs fois et il devient clair qu’il ne pourra arriver à Budapest le samedi soir comme prévu. Finalement son avion atterrira avec plus de douze heures de retard, et il échouera au milieu de la nuit chez une de ses amies à Vienne (40km de Bratislava).

Je passe la soirée avec Levante qui me fait découvrir des lieux incroyables, bars aménagés dans des vieux immeubles de l’ancien Ghetto Juif. L’ambiance rappelle irrésistiblement le Berlin des années 90 et on y croise un faune similaire, étudiants et activistes cherchant à protéger un mode de vie alternatif de la rapacité des promoteurs immobiliers.
Nous discutons sans fin sur le thème de la ville (il est écrivain/journaliste spécialisé sur cette réflexion) et comparons nos expériences de nombreuses villes européennes. Paris, Berlin, Londres, Budapest, Belgrade, Istanbul, défilent dans nos souvenirs, nos différentes visions se rencontrent et dialoguent.

Quand je me réveille le lendemain, Hubert m’annonce par SMS qu’il va prendre un train arrivant à Budapest une heure avant celui que nous devons prendre pour Sarajevo. Vaguement inquiet, il ne me reste plus qu’à suivre de loin la suite de sa longue descente aux enfers. Le train est annoncé avec 30min de
retard. Puis 45min. Finalement il arrive avec 1h10 de retard. Notre train vers Sarajevo est déjà parti, depuis une autre gare à l’autre bout de la ville…
Nous nous consolons vite car Anna et Levante nous proposent de se joindre à eux pour aller aux bains. Nous passons donc plusieurs heures à l’extérieur, des plaques de neige autour de nous, dans uen eau naturellement autour de 38°C. Le tout dans un décor somptueux de bâtiments baroques.

Le lendemain, lundi, nous partons enfin pour Sarajevo dans l’après-midi. Le train traverse d’abord la Hongrie pendant quelques heures, avant de s’arrêter à Pecs, la grosse ville du sud. Et là, c’est le “petit train des Balkans” qui commence. On change de locomotive (on passe de l’électrique au diesel), la plupart des wagons sont détachés. Il n’en reste plus que deux, quasiment vides. Le train s’ébranle, et courageusement part traverser l’est de la Croatie et une bonne part de la Bosnie. On est réveillé toutes les heures par des douaniers, des contrôleurs, des arrêts dans des gares minuscules au fin fond des montagnes de Bosnie…
Au petit matin, Sarajevo. C’est l’hiver, il pleut, mais je retrouve ce parfum que j’ai découvert cet été. Hubert qui n’y est encore jamais allé est rapidement sensible à l’atmosphère. Et puis il retrouve la Bosnie, pour la première fois depuis 1994.

Les jours suivants, accueillis par notre amie Selma, nous faisons du ski. La neige est très bonne, et même si les infrastructures ne sont pas impressionnantes il y a de quoi s’amuser. Nous participons aussi à
l’organisation du concert d’un groupe d’électro lyonnais qui est organisé par Selma au nom de Mostar Style. Le concert n’attire pas franchement les foules mais nous passons ensuite une bonne soirée avec les animateurs du lieu en question, le Kino Bosna.

Nous passons également une journée à Mostar, dans le sud en Herzégovine, et profitons de la voiture que nous avons loué pour atteindre facilement les stations. La route entre Sarajevo et Mostar est assez difficile mais splendide. Le paysage passe par mille tortures en se transformant des alpes centres européennes de Bosnie au climat méditerranéen de l’Herzégovine. Nous arrivons à Mostar dans un coucher de soleil somptueux, dînons et rencontrons le leader d’un groupe bosniaque que Mostar Style invite en mars à Paris.

Finalement, nous repartons le samedi (25 février) au matin avec Selma pour Rijeka, au nord de la côte croate. Nous avons décidé de partir tôt et traverser tranquillement la Bosnie (que des petites routes de montagnes, parfois sous la neige et le brouillard). Nous faisons une pause à Travnik, “l’Istanbul européenne”, et à Bihac, au nord-ouest, célèbre pour la poche qui l’entourait pendant la guerre et était tenue par des clans mafieux, encerclée par un peu tout le monde.
Soulagé d’avoir trouvé un autoroute flambant neuf côté croate, nous arrivons en soirée à Rijeka ou nous retrouvons des amis de Selma. Ils nous entraînent dans le Carnaval de Rijeka. Des milliers de personnes sont dans les rues à danser sur de la techno dans le froid. C’est assez impressionnant, mais un peu oppressant comme souvent ce genre de rassemblements. Je vais donc me balader un peu sur le port, savourer le plaisir d’être sûr l’Adriatique. Soudain, j’ai une nostalgie d’été, l’envie qu’il arrive. Je me dis que ce voyage touche à sa fin.
Et nous voilà repartis dans une soirée “after” où nous pouvons rentrer car nous connaissons le copain de notre copine, etc. Dedans c’est l’enfer, impossible de bouger de respirer, de se retourner… Rapidement lassés, nous partons tous les trois nous coucher.

Hubert et moi dormons quelques heures par terre, puis nous filons direction Zagreb, où nous devons rendre la voiture avant midi. Evidemment, nous manquons de tomber en panne d’essence, il n’y a pas de station service sur l’autoroute (note pour plus tard), et nous faisons 45km sur la réserve. Nous atteignons quand même la ville, rendons la voiture, achetons un billet de train, nous gavons de nos dernières grillades balkaniques et partons à travers la Slovénie et l’Autriche. Arrivé à Bratislava, nous prenons un solide dîner et nous couchons de suite. Le lendemain, lundi 27, lever à cinq heure pour prendre l’avion. Retour à Paris. Nous allons au bureau directement.

A bientôt,

Mathieu


Laissez un commentaire...

Vous devez être connecté pour écrire un commentaire.